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Bien-être

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Trouver la paix en soi, une étape nécessaire pour ensuite être en paix avec les autres. Aujourd’hui, « se faire du bien » est à la fois culpabilisant, et en vogue. Une présentation de différentes voies qui amènent toute à la même destination : le bien-être ou comment être bienveillant avec nous-mêmes.

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02
septembre
2016

Les bienfaits du chant face au cancer

Le 02 septembre 2016 dans la catégorie Bien-être
Les bienfaits du chant face au cancer
Bien-être

"Chanter pour oublier ses peines", nous dit Florent Pagny, et il aurait bien raison. Chanter ses joies, mais aussi ses malheurs, comme le faisaient les esclaves afro-américains au XVIIème siècle dans les champs de coton. Les plus grandes révolutions ont aussi leurs propres chants. A l'instar du chocolat, chanter enclenche la sécrétions d'endorphines, les hormones de la bonne humeur. Alors en traitement et/ou déprimé face à la maladie, n'arrêtez pas de chanter.

Chanter pour lutter contre le cancer ? Depuis début 2016, le comité de Paris de la Ligue contre le cancer a ouvert un atelier de chant choral, à destination des personnes en traitement ou en rémission. L’objectif, retrouver des notions de plaisir et de partage, dans un quotidien bouleversé par la maladie.
 
La musique adoucit les mœurs, selon la maxime. Et pourquoi pas les maux ? Parce qu’elles ont envie de le croire très fort, quatre femmes sont assises en cercle dans une petite salle. Quatre femmes et un piano. Au mur, quelques affiches, une horloge pour se souvenir du temps qui défile et un tableau avec des girafes. « Je n’aime pas rester sans rien faire, j’ai besoin d’être en activité permanente ! » Elle sourit et marque une pause. « Après quelques recherches sur internet, je suis tombée sur cet atelier. Je me suis lancée car j’ai toujours aimé chanter. » Il y a encore une semaine, Anne-Laure travaillait « dans le milieu de la presse. » Elle vient d’être arrêtée pour commencer une chimiothérapie.
 
« Retrouver le plaisir de partager »

En face d’elle, Françoise A. est en rémission. Présente depuis la première séance, elle savoure ses progrès : « je me suis entraînée chez moi, sur le morceau de la dernière fois. J’ai mieux chanté ! » Françoise B., assise à sa droite, éclate d’un rire franc. « Moi, je ne sais pas chanter ! C’est quelque chose que j’ai toujours voulu faire, mais comme je ne sais pas lire le solfège on m’a rabrouée à chaque fois que j’ai voulu faire partie d’une chorale. » Tous les mardis, elle s’échappe de Saint-Quentin-en-Yvelines pour retrouver « le plaisir de partager. »

La quatrième femme prend des notes. C’est Anaël Ben Soussan, chanteuse et chef de chœur professionnelle. Quelques semaines plus tôt, Daniel Michard, bénévole pour l’association de la Ligue contre le Cancer, l’a choisie pour conduire un nouveau projet : un atelier de chant gratuit, destiné aux personnes touchées par le cancer. Le but ? Permettre aux malades de pratiquer une activité qui leur fait du bien, tout en prenant en compte leur fatigue, leurs traitements et leurs disponibilités.
Le projet s’est construit à six mains, avec l’appui du vice-président du comité de Paris et professeur d’oncologie, Jean-Louis Misset : « par nature, le chant choral crée de la chaleur humaine et de nouvelles amitiés. Il provoque de la joie, du plaisir et une certaine satisfaction. » S’il n’existe aucune étude médicale sur la question, son expérience personnelle en tant que chanteur dans un chœur d’hommes lui a permis d’en appréhender les bénéfices. « C’est un échange, on ressent autant de plaisir à chanter qu’à faire découvrir le morceau à la personne en face. » Et très vite, Anaël Ben Soussan s’est sentie concernée : « à cause du cancer, une amie proche s’est peu à peu retrouvée isolée. En plus de son arrêt maladie, la fatigue du traitement l’a obligée à interrompre ses activités habituelles.

« Laisser notre petit juge intérieur à la porte »

La séance dure 1h15. Le premier quart d’heure, les participants vont partager un thé et commencer à échanger quelques mots : « c’est un moment d’accueil, pour se retrouver, apprendre à se connaître... Chacun se présente lorsqu’une nouvelle personne intègre la chorale », raconte l’artiste. Et surtout, « on laisse notre petit juge intérieur à la porte. Ici personne ne juge personne. »
L’heure restante se scinde en deux parties. La première est consacrée aux exercices de respiration, d’étirement, de vocalises. Ils vont permettre au groupe de se construire autour d’un son commun et d’une détente dans le corps : déjà une première approche des bases du chant.
Le chef de chœur montre un exercice qui permettra aux trois participantes d’être en osmose. « On imagine une boule, au plafond. Elle représente la réunion de tous nos timbres. Il n’existe plus aucune séparation. » Les yeux fermés, le dos droit, chacune tâche d’imaginer un fil imaginaire qui la suspend par la tête. Leurs jambes ne sont pas raides. Leur respiration est suffisamment profonde, pour qu’elles puissent avoir conscience de l’ouverture de leur cage thoracique.
Puis, vient la dernière demi-heure, consacrée au répertoire. Les choristes apprennent une chanson, qui généralement varie d’une semaine à l’autre afin de ne pas pénaliser les absents. Aujourd’hui, c’est Imagine de John Lennon : l’occasion de plaisanter sur le niveau d’anglais de chacune. Téméraire, Anne-Laure remplit immédiatement sa mission. Un peu plus intimidées, ses camarades essayent de se cacher derrière sa voix, jusqu’à ce qu’ Anaël  les reprenne : « vous laissez votre copine toute seule, sympa ! Osez vraiment chanter… Ah, voilà, c’est mieux : cela a quand même plus d’allure maintenant, non ? ». Une remarque qui provoque inévitablement les rires des participantes.

« Pour la première fois, j’ai laissé sortir quelque chose »

Vient enfin l’heure du débrief. Après avoir pris une minute pour revenir à elles, réfléchir à leurs émotions, leur ressenti, chacune va raconter aux autres la manière dont elle a vécu la séance. Anne-Laure apprécie d’avoir pu laisser de côté quelques minutes « cette angoisse permanente de la maladie. » Françoise A. « se sent transformée », et Françoise B. conclut : « j’ai beaucoup aimé lorsque nous avons utilisé notre voix de tête. C’est presque un cri. On n’ose pas dans la vie, on se réfrène, on intériorise. Pour la première fois, j’ai laissé sortir quelque chose… »

Une représentation est prévue le premier week-end de juin. D’ici là, de nouveaux participants sont vivement espérés. A chacun d’entre eux, Anaël Ben Soussan aimerait « transmettre un moment où ils puissent évacuer toutes les émotions enfouies, où ils puissent respirer, se faire du bien, détendre leur corps, se sentir mieux avec lui. » Et à ceux qui douteraient de leurs capacités artistiques, elle assure que « l’on ne part jamais de zéro. Chacun arrive avec son bagage musical, son vécu. » Pas d’inquiétudes à avoir, donc.

Un article de Charline Vergne , paru dans Psychologies.