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22
octobre
2016

"Apprivoiser son ombre, le côté mal-aimé de soi" de JEAN MONTBOURQUETTE

Le 22 octobre 2016 dans la catégorie Bibliothèque
"Apprivoiser son ombre, le côté mal-aimé de soi" de JEAN MONTBOURQUETTE
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Tout est dans le titre, et c’est pour moi la synthèse de tous les livres sur le développement personnel que j’ai déjà pu lire. L’essence de la vie n’est-elle pas d’aimer ? Mais ne passons-nous pas la majorité de ce temps à mal aimer faute d’amour de soi, d’amour pour soi ? L’auteur nous invite à abandonner la lutte contre nos « démons intérieurs » et plutôt écouter ce qu’ils ont à nous dire. « Ce n’est pas en regardant la lumière qu’on devient lumineux, mais en plongeant dans son obscurité.» Carl G. Jung

Tout d’abord un petit mot sur l’auteur :

Jean Montbourquette (1933-2011) est un prêtre catholique et psychologue canadien. Titulaire d’une licence en théologie, maîtrise en philosophie et en éducation obtenues à l'Université d'Ottawa, il voulait devenir médecin des âmes. Son approche clinique s'inspire de plusieurs écoles de psychologie et plus particulièrement, de la Programmation neurolinguistique et de l’Analyse psychologique de Carl Gustav Jung. Ses recherches portent sur les rapports de la psychologie et de la spiritualité, notamment en ce qui concerne la dynamique du deuil, l'accompagnement des mourants, le processus psycho spirituel du pardon, l'estime de soi et la mission personnelle dans la vie (le « guérisseur blessé »). 

« Apprivoiser son ombre. Le côté mal-aimé de soi »

Si on aborde la vie comme une expérience globale, faite d’épreuves qui nous permettent d’avancer et de nous révéler, alors comme l’a dit Jung « Trouvez ce dont une personne a le plus peur, et vous saurez quelle sera la prochaine étape de sa croissance ». Autrement dit, c’est en allant plus avant dans ses côtés sombres (et l’auteur nous explique bien plus loin qu’il y a une différence entre accepter sa part d’ombre et prendre action en réponse à celle-ci, c.à.d. entre « sentir » et « consentir »!) que nous devenons entièrement nous. Pour Jung, le premier a étudié la question de l’ombre comme élément constitutif du Soi, il s’agit de la partie refoulée de nous par souci d’adaptation. Il s’agirait donc d’une partie refoulée de nous-mêmes, qui plus nous mettons de la force à refouler, plus elle jaillira avec une force incontrôlable.

L’ombre peut être familiale (un suicide caché de génération en génération) ou institutionnelle (les tabous et interdits d’une société), ou même nationale. On parle également d’ombre blanche (refoulement d’une tendance vertueuse et spirituelle) et d’ombre noire (instincts refoulés).

L’auteur utilise une métaphore inspirée de l’histoire de Saint François et qui résume somme toute la teneur de cet ouvrage : le loup de Gubbio. Les habitants du village de Gubbio, en Italie, étaient des êtres orgueilleux soucieux de montrer combien leur village était propre, leurs enfants disciplinés  et les adultes travailleurs. Ils méprisaient les villages voisins. Or voilà qu’un jour deux habitants furent dévorés par un loup. L’animal rôdait aux abords du village et tuait chaque jour des innocents. La bête échappait toujours aux chasseurs, et les villageois ne savaient plus quoi faire. Un jour, un voyageur, un homme sage, passa par le village. Les villageois l’implorèrent de tuer le loup et d’arrêter le massacre d’innocents. L’homme parti toute la nuit à la recherche du loup. Au petit matin, il revint en souriant… mais sans la carcasse du loup. Il donna cependant un conseil aux villageois : « chaque jour, posez une offrande à la sortie du village pour le loup, et vos problèmes seront résolus ». Les gens étaient furieux, ils ne comprenaient pas le sens de la chose. Mais étant donné qu’ils étaient à court de solutions, ils s’exécutèrent. À leur grande surprise, le loup vint manger leur offrande, mais ne s’en prit plus aux villageois. La vie reprit son  cours normal, et les gens de Gubbio continuèrent à nourrir le loup, et il n’y eu plus aucun villageois dévoré. Devenus plus humbles, ils cessèrent également de toiser les gens des villages voisins.

Tout comme les gens de Gubbio, plutôt que de lutter contre notre ombre, nous gagnons à l’apprivoiser, ce qui nous évite bien des blessures inutiles.
La grande problématique humaine est liée à l’Ego. Jean Montbourquette parle d’assumer la tension entre l’ego-idéal du moi et son ombre. Une solution est proposée dans la philosophie zen. Quand on est en colère, au lieu de la refouler et de risquer de la laisser nous consumer, sans pour autant agir sous le coup de la colère, accueillons-la en vue de l’apprivoiser.

La tâche la plus difficile à laquelle doit se mesurer celui qui désire « embrasser son ombre » est justement de la chercher au bon endroit. L’auteur donne plusieurs pistes pour nous aider à identifier notre ombre, par exemple « quels sont les sujets qui me mettent en colère, ou sur la défensive ? », « dans quelles situations est-ce que je sens que je n’ai pas confiance en moi ou me sens-je honteux ? », « quelles sont les critiques à mon encontre qui m’agacent particulièrement ? »…

Un exemple vaut mieux qu’un long discours. Voici un cas rapporté par Jean Montbourquette :

Une mère vint le trouver, car elle ne supportait plus sa fille adolescente qu’elle trouvait extrêmement vaniteuse. Les comportements de sa fille l’exacerbaient à un point qu’elle dût se dominer pour ne pas être emportée par la colère et dire ou faire quelque chose qu’elle regretterait ensuite.  Au fil de la séance, la mère admit qu’elle-même avait été le même genre d’ado et qu’en rejetant sa fille, elle avait l’impression de se rejeter.  Elle exprimait là une angoisse rencontrée par beaucoup de parents aux prises avec un aspect de leur ombre projeté sur un de leurs enfants. Malgré son amour pour sa fille, cette femme devait faire la paix avec elle-même pour être « une bonne mère », et se réconcilier avec l’adolescente en quête de reconnaissance et d’amour qu’elle avait été et qu’on avait rabroué.

À mon avis, ce livre touche aussi à ce que traversent les personnes atteintes de cancer. Face à notre mortalité, nous sommes aux prises avec notre part la plus sombre. C’est une occasion de faire la paix avec elle, aussi difficile cela soit-il, car il faut d’abord pouvoir accepter que cela fait partie de nous. Après la maladie, on peut être tenté de tout recommencer à zéro, au lieu de commencer par l’essentiel : « Qui suis-je ? », « Que vais-je faire du reste de ma vie ? ». Or on ne peut y répondre qu’en interrogeant son ombre.

Plutôt que de se poser en victime face aux événements extérieurs, reprenons le contrôle. Que se passerait-il si je découvrais que celui/celle qui  m’a offensé se trouve en moi ? Que c’est moi-même qui ai besoin de l’aumône de mon amabilité ?

Le travail sur l’ombre n’est jamais fini, et je ne peux que vous conseiller de lire le livre dans son entièreté, car ces quelques lignes ne lui font pas honneur à sa juste valeur.

Comme l’auteur, je terminerai cet article par la citation de Jacques Grand’Maison, prêtre sociologue :

Il y a des passages de l’ombre qui creusent une profondeur d’âme, une mémoire, un horizon et surtout une richesse intérieure capable de nous faire rebondir en goût de vivre, d’aimer, de lutter et de foncer dans l’avenir dans cette foulée de vie.